SÉLECTION BRIGADE DES IMAGES 2018

Curators : Laurent Quénéhen & Fanny Lambert



ANIMALITÉ / ANIMALITY, 61’
Les animaux sauvages disparaissent les uns après les autres sans que nous ayons eu le temps de bien les connaître. Gilles Deleuze évoque le devenir animal,
l’univers des bêtes en le comparant à l’art : couleurs, chants, lignes (ou postures), ce sont trois déterminants de l’univers des animaux, mais aussi de l’Art.
Pour le philosophe, l’animal est aux aguets de ce qui va surgir, à l’instar de l’écrivain, de l’artiste. Artaud disait : « j’écris pour les analphabètes » et Faulkner :
« pour les idiots », non pas pour que les analphabètes lisent, mais à la place des analphabètes. L’artiste ou le cinéaste crée un univers, marque un territoire,
il peut pousser la syntaxe jusqu’à une certaine limite, la limite qui sépare le langage du non-langage, l’image de la non image.

Wild animals disappear one after the other before we had time to know them well. Gilles Deleuze evokes the becoming animal, the world of animals and compares it to art:
colors, songs, lines (or attitudes), these are three determinants of the animal universe, and also of Art. For the philosopher, the animal is on the lookout for what will emerge,
like the writer, the artist. Artaud said: "I write for the illiterate" and Faulkner: "for the idiots", not much that the illiterates read, but rather write of the illiterates.
The artist or the filmmaker creates a universe, marks a territory, he can push the syntax up to a certain limit, the limit that separates the language from the non-language, the image from the non-image.


Artists, filmmakers : Nofar Schweitzer & Yael Reisfeld, Markela Panegyres, Boris du Boullay, Connie Martin & Anne-Marie Toffolo, Justine Gasquet, Jonathan Pêpe, Rémi Voche, Wojtek Doroszuk.


PROJECTIONS

Dimanche 30 septembre 2018 à 11h00, Cinéma de Villiers-sur-Marne (94) - Cinéma Le Casino: 13, rue Guillaume Budé

11 octobre 2018, 20h00, Shakirail, 72 rue Riquet, 75018 Paris



PROGRAMMATION

Nofar Schweitzer & Yael Reisfeld, Zloty, 12 Zloty, 1’57 (Israël)
Dans un delicatessen polonais un boucher rude et introverti s'attendrit sur une cliente régulière et est emporté avec elle dans un fantasme aux senteurs de hareng.

In a Polish deli, a tough, introverted butcher softens when a steady customer comes in and gets carried away with her to a herring scented fantasy.

Markela Panegyres, Dieu est-il un être ? S’il en est un c’est de le merde / If god is a being he is shit, 6”38, 2018 (Australie)
« Si dieu est un être, c'est de la merde » est un hommage à Antonin Artaud. Le film met en scène ma réponse performative à la pièce radiophonique d’Artaud de 1947:
Pour en finir avec le jugement de Dieu. Dans cette performance, je rejette le langage humain. Je lutte avec les systèmes et les structures de pouvoir qu'elle représente.
La langue m'a trahi. Je ne suis ni une femme ni un homme. Je gémis comme un animal. Je rejette la nature humaine et je deviens plutôt une nature animale.
La performance est entrecoupée d'extraits déformés de la scène de chasse du film La règle du jeu de Jean Renoir, en 1939, et d'un enregistrement d’Antonin Artaud :
Pour en Finir avec le Jugement de Dieu.

If god is a being he is shit is an homage to Antonin Artaud. The film features my performative response to Artaud’s 1947 radio play Pour en Finir avec le Jugement de dieu
(To Have Done with the Judgement of God). In this performance I reject human language. I struggle with the systems and structures of power it represents. Language has betrayed me.
I am neither a woman nor a man. I groan like an animal. I reject human nature and instead become animal nature. The performance is interspersed with distorted excerpts
of the hunting scene from Jean Renoir’s 1939 film La Règle du Jeu (The Rules of the Game), and is overlaid with a recording of Artuad’s own recitation of the final section of play

Pour en Finir avec le Jugement de dieu.

Boris du Boullay, Je fais le poulet égorgé, 1’, 2018 (France)
Je fais le poulet égorgé, film d humeur, instantané, improvisé, fait partie de la série la vie imaginaire et réelle de Boris du Boullay.
Être un autre, une bête, un pompier, une fille, un chômeur, un super héros, une quiche lorraine, tout est possible pourvu que ce soit écrit. Le cinéma gagne à être écrit sur le fil du rasoir.

I do a chicken with its head off, improvising moody film, is part of Boris du Boullay's imaginary and real life, a video series.
To be another, a beast, a firefighter, a girl, an unemployed, a superhero, a pillock, everything is possible as long as it is written. Cinema wins to be written on a razor's edge.


Connie Martin & Anne-Marie Toffolo, Un jour, c’était une nuit, 8’06, 2018 (France, Argentine)
Alors que les Parisiens ont déserté la capitale en plein été, le chat d’Anna disparait. A la nuit tombée, celle ci part seule à sa recherche  et se perd. 
Un conte  muet et inquiétant qui débute entre chien et loup et se poursuit en trompe l’oeil comme un film de genre, entre quête, course poursuite  et prostration. 

While the Parisians deserted the capital in full summer. Anna's cat disappears. When night falls, she leaves alone in search of her and gets lost.
A mute and disturbing tale that begins between dog and wolf and continues in trompe l'oeil like a genre film, between quest, race prostration and prostration.


Justine Gasquet, Invocation, 4’36, 2018 (France)
Dans un délié de rythmes lents et aquatiques, une suite de rémanences chorégraphiées révèle un rituel magique.
La danseuse, mystérieuse prêtresse, invoque l'esprit des eaux et fait émerger des profondeurs un Léviathan tentaculaire qui s’épanouit en une fiévreuse et sensuelle intrication avec elle.
La musique créée par Laurent Saïet accompagne cette mêlée entre l’humain et l’animal, allégorie de l'eau et de la nuit, aspects féminins de la Nature.
Invocation est un hommage à l’origine commune de toutes les formes vivantes, l’océan.

In a nimbling suite of rythms, a choreographic afterglow reveals a magic ritual. The mysterious priestess invokes through her dance the spirit of the deep waters,
and slowly educes a tentacular Leviathan out of the depths, which spreads its feverish imbrication with her. The music created by Laurent Saïet accompanies this tender brawl between human and animal,
allegoric of water and night, the feminine aspects of Nature. The video Invocation highlights the common origin of all life forms, the ocean.


Jonathan PêpeCorps creux, 10’, 2014 (France)
Corps Creux est un film d’animation « science et fiction » mettant en scène un couple de gastéropodes flottants. Le quotidien truculent de ces mollusques se déroule dans les années 60,
période durant laquelle on voit apparaître les architectures maison-bulle et les mobiliers d’intérieur aux formes courbes de Saarinen Eero.
La couleur locale s’est constituée sur la base d’une collection de mobilier et d’architectures virtuels. Ces personnages aux formes molles sont des extensions de l’architecture.
Ils incarnent des scientifiques de l’époque : Marcel Pages à qui nous devons un brevet de machine à voyage interstellaire, ou encore Jacques Bergier, journaliste, espion, ingénieur chimiste,
co-fondateur avec Louis Pauwels du mouvement réalisme fantastique. Leurs écrits permettent une intersection entre la sphère diégétique et celle du réel dans le film.

Corps Creux is an animated film "science and fiction" featuring a couple of floating gastropods. The truculent daily life of these molluscs takes place in the 60s,
during which we see the appearance of bubble-house architectures and curved furniture from Saarinen Eero. The local color was formed on the basis of a collection of virtual furniture and architectures.
These characters with soft shapes are extensions of the architecture. They embody scientists of the time: Marcel Pages to whom we owe a patent interstellar travel machine, or Jacques Bergier,
journalist, spy, chemical engineer, co-founder with Louis Pauwels of the fantastic realism movement. Their writings allow an intersection between the diegetic sphere and that of the real in the film.


Rémi VocheLe Veau étourdi, 10’, 2014 (France)
Terre, textile, tête de veau brûlée – performance réalisée le soir du vernissage à La Station, lieu dédié à l’art contemporain. Anciens abattoirs de Nice fermés depuis 1988.
La performance reprend l’idée d’un spectre animal revenant sur son lieu de mort.

Earth, textile, burnt calf's head - performance performed on opening night At La Station Nice place dedicated to contemporary art. Former slaughterhouses in Nice closed since 1988.
The performance picks up the idea of ??an animal specter returning to his place of death.


Wojtek DoroszukFestin, 20’, 2013 (Pologne)
Festin s’inspire des peintures des artistes animaliers flamands du XVIIe siècle, telles que Frans Snyder, Jan et Ferdinand Van Kessel,
associées à une expérimentation post humaniste pour envisager un monde futur dans lequel l’humain a disparu. Le film dépeint un tableau de décadence et de désordre où les invités ont été usurpés par des intrus indésirables.
Les images du film évoquent une sorte d’épilogue post-apocalyptique de l’humanité, présage d’un futur faisant référence à diverses représentations actuelles des villes fantômes et des colonies abandonnées du monde entier.

Festin takes as its inspiration the paintings of the 17th century Flemish animalist artists, such as Frans Snyder, Jan and Ferdinand Van Kessel combined with post humanistic experimentation to envisage a future world
in which the human has disappeared. The film portrays a vanitas tableau of decay and disorder where the guests have been usurped by uninvited intruders.
The imagery within the film brings to mind a sort of post apocalyptic epilogue of humankind, a portent of a future referring to various present day representations of ghost towns and abandoned settlements from around the world.